Dès le départ, deux concepts essentiels doivent guider notre action : la confiance à rendre aux associations qui diffusent les arts énergétiques et martiaux chinois et le respect des bénévoles qui passe par leur écoute attentive.

  • La crise morale profonde qui touche nombre d’associations provoque le désengagement de celles-ci avec pour corollaire l’hémorragie de licenciés expliquant des effectifs très en deçà de la représentation réelle de nos disciplines dans le public. Les conséquences sont catastrophiques car elles induisent des difficultés financières récurrentes qui vont s’aggravant, entraînant des réductions drastiques d’actions pourtant nécessaires à une saine politique de développement et la répartition d’une charge fixe sur de moins en moins de cotisants, d’où l’augmentation régulière du coût de la licence et de l’affiliation. Sans mesures d’urgence immédiates, le délitement de la fédération est irréversible.

Pour redonner cette confiance, c’est à la fédération à montrer l’exemple en envoyant des signaux forts qu’un changement en profondeur est en train de s’opérer. Quels doivent-ils être ?

  • En premier lieu, il est impératif de quitter les locaux de la rue du Louvre qui sont un gouffre financier (104000€ annuels) et n’apportent aucune valeur ajoutée à une fédération comme la nôtre. Le coût en est d’autant plus insupportable qu’il représente une part non négligeable de l’administratif au détriment de la reconnaissance justifiée du travail des bénévoles et des actions en direction des licenciés. Des locaux de moindre surface en proche banlieue permettraient de réduire ce poste de plus des deux-tiers.
  • Réexaminer certains contrats de travail notamment dans le domaine du sportif où des incohérences graves sont apparues eu égard aux prestations fournies (cf. une charge salariale de 54000 € pour un directeur sportif alors qu’il n’y a plus d’entraînements des équipes de France !...et un entraîneur taolu bénévole budgété pour l’année à 840€ soit 40 € par jour x 21!!!). Il faut également vérifier que tous les autres contrats correspondent à un travail réellement fourni.
  • Instituer le vote annuel du rapport moral présenté par le président pour valider démocratiquement la politique fédérale, comme cela se fait dans la plupart des fédérations et la limitation du nombre de mandats pour le président fédéral.

L’écoute et le respect des bénévoles. Chacun des bénévoles composant notre fédération ayant quelque chose à apporter à l’ensemble, un changement de cap doit se faire sentir dans toutes les strates fédérales. Plusieurs axes :

Les comités régionaux. Ils sont le fondement du développement de notre fédération, le moteur qui anime la vie régionale et leur rôle est essentiel dans la relation de confiance qui s’établit avec les associations. Il faut leur redonner les moyens de mener des actions en pleine liberté de décision sans les suspecter a priori, comme c’est le cas actuellement, de ne pas remplir leur rôle ou de mal le faire, les comités régionaux n’étant pas responsables de la mauvaise gestion centrale. Une mesure immédiate doit être de leur rendre les 3€ sur licences qu’ils percevaient auparavant. Leur déléguer certaines tâches telles les passages de grades, en cours de transfert suite à la carence fédérale, ou la formation au fur et à mesure de leur capacité à l’assumer, va aussi dans le sens d’une nécessaire décentralisation.

Les comités départementaux. Eux aussi indispensables pour que notre fédération rassemble le plus grand nombre de pratiquants. Le comité départemental est au plus près des clubs, établissant le lien avec les communes, les DDJS et s’occupant des événements promotionnels locaux. Les statuts départementaux doivent clairement donner une légitime indépendance financière aux comités départementaux et dès que possible un euro de plus sur chaque licence sans augmenter le prix de celle-ci devra être attribué à leur création et fonctionnement.



La Commission des Comités Régionaux. La Commission des Comités Régionaux (CCR) fonctionne mal car l’importance donnée par le président fédéral au rapporteur contre l’avis d’un grand nombre de responsables de régions met systématiquement en porte-à-faux la présidente actuelle de la CCR, désignée par ses pairs. Les attributions de ces deux postes doivent clairement correspondre à leur définition. Une réforme de cette commission est indispensable, donnant la prééminence aux présidents et représentants des régions, bénévoles en charge d’une responsabilité qui leur donne une légitimité certaine pour aborder les questions les plus diverses. Le mode de désignation du président et du rapporteur doit être modifié dans ce sens. Le FIRE symbolise l’aberration du système fédéral avec des fonds importants, 40000€ qu’il est presque impossible de débloquer tant les difficultés et contraintes sont déployées pour décourager les demandes. Les dernières mesures (réduction drastique de la rétrocession sur licences, jusqu’aux 2/3 de leur budget pour certaines régions) votées par le comité directeur fédéral vont permettre le gonflement injustifié de cette caisse non sollicitée au détriment de l’activité des régions, conséquence inévitable de la restriction à elles imposée. Le mode d’attribution des subventions FIRE doit être également réformé, les responsables régionaux étant les plus à même de décider de la validité d’une demande émise par l’un des leurs.

Les jeunes et la fédération. Une place prioritaire leur est bien sûr réservée puisqu’ils représentent l’avenir de nos disciplines. Des actions régulières doivent leur être consacrées, comme celles déjà réalisées dans certains comités régionaux. Une plus grande rigueur dans l’organisation des compétitions au plan national est impérative pour ne plus voir ce qui s’est passé dernièrement à Biancotto, indigne d’une fédération délégataire et de l’attention toute particulière qui est due à nos jeunes pratiquants. Comme suggéré par des intervenants spécialisés, des voies nouvelles ne concernant pas seulement l’externe seront également envisagées.

L’arbitrage. La nécessité d’étoffer le corps arbitral dans son ensemble exige une politique volontaire de formation régulière et gratuite déclinée aux différents échelons fédéraux. Les juges et arbitres doivent voir leur engagement reconnu par la fédération et les 30€ de dédommagement journalier sont un minimum qui doit être rétabli immédiatement. L’arbitrage est un domaine sensible, on l’a vu avec le tuishou, à traiter avec beaucoup de diplomatie mais qui doit aussi s’adapter à la dimension future de notre fédération, condition indispensable au bon déroulement des compétitions.

La Formation. Primordial au sein d’une fédération délégataire, le service formation se doit d’être irréprochable en termes d’indépendance vis-à-vis de quelque personne ou groupe de pression. Quand on se réfère à la lettre du Directeur Technique National on peut sérieusement s’interroger, d’autant que les exemples abondent de réclamations sur la composition des jurys, la rigueur ou le laxisme dans l’attribution des diplômes. Des règles très claires doivent donc être édictées qui tiennent compte de la diversité des styles au sein de notre fédération et qui excluent tout clientélisme.

Par souci de la mutualisation des expériences et connaissances, une formation avec un « tronc commun » aemc théorique pourrait aussi permettre de regrouper les futurs enseignants en leur tenant un discours fédéral dynamique loin d’un clivage néfaste à la cohésion de l’ensemble. Dans la même idée, un groupe d’experts eux aussi indépendants de tout groupe de pression pourrait constituer la direction technique fédérale, source de propositions et d’appui à la personne en charge de la gestion technique nationale. Au même titre que les juges et arbitres, les jurys sélectionnés pour les passages de diplômes doivent être considérés pour leur engagement et leur compétence mise au service de la collectivité.

Le Sportif et l’international. Constat rapide : il n’y a plus d’entraînement des équipes de France et le seul sportif français proposé pour le tournoi de Pékin de l’été 2008 ne l’a été que parce que les instances de l’IWUF (International Wushu Federation) voulaient une représentation des grands pays sans laquelle ce tournoi perdait une partie de son sens. Les équipes de France ne concernent qu’une poignée de compétiteurs mais elles sont la vitrine de la fédération. Quand la France s’est placée deuxième sur 28 nations à Lignano en novembre 2006, c’est tout le wushu français qui était à l’honneur. Sainement gérée, notre fédération doit pouvoir rééditer une telle performance avec l’appui des régions qui le souhaiteront et une politique clairement définie également tournée vers la détection et l’entraînement des jeunes. Les relations avec la Chine se sont détériorées suite à l’attitude déplorable de notre président fédéral se permettant d’invectiver les instances de l’IWUF au dernier championnat du monde et l’affront fait récemment à la délégation chinoise de passage à Paris dont le rendez-vous, pourtant fixé par un responsable fédéral n’a pas été honoré par ce dernier ! Il est donc absolument prioritaire de renouer des liens de partenariat avec l’IWUF et la CWA (Chinese Wushu Association) qui permettront des échanges réguliers, indispensables au rayonnement de notre fédération.

Les stages. Dans cette même optique, la diversité de nos disciplines étant une richesse, des stages avec des intervenants reconnus seront régulièrement proposés aux plans national et régional, en accord avec les présidents concernés, afin que tout enseignant qui le souhaiterait puisse participer à cette politique d’échanges. Le service aux associations passe par de telles prestations, les membres fédérés devant percevoir que l’argent des licences sert l’intérêt commun.

Les compétitions. Toute compétition nationale peut se voir valablement organiser au niveau régional, comme une préparation. Les appels à boycott entendus ces derniers temps, qu’ils concernent des compétitions régionales ou des conférences sont inadmissibles et doivent être bannis de la part de responsables fédéraux dignes de ce nom. Les règlements des compétitions, notamment en wushu devront être repris pour parvenir à un large consensus qui ne pourra se faire qu’en faisant participer des spécialistes indiscutés dans leur discipline. Le rôle de la région dans la transmission des données suite aux sélectifs doit être redéfini et la caution de 150€ supprimée ou ramenée à un niveau acceptable pour les clubs ou compétiteurs.

Le traditionnel. L’importance des pratiques traditionnelles garantit leur pérennité et l’attention toute particulière de la fédération à les maintenir comme clé de voûte des pratiques fédérées.

Toutes les disciplines fédérées. Pour rassembler le plus grand nombre, une fédération se doit aussi d’aider les disciplines moins représentées non pas en leur imposant ses vues mais en soutenant leurs responsables dans une vraie politique de développement, tant pour la diffusion des informations que pour la formation des enseignants ou l’organisation d’événements ou compétitions. Seule la concertation permettra de faire avancer l’ensemble et d’inverser la perte de licenciés.

Une réforme des statuts. Le cloisonnement contre nature des différentes branches n’a que trop servi une politique de division et d’anathème. Les exemples de parfaite entente et de volonté de partage des différentes expériences ne manquent pas dans de nombreuses régions, renforçant le sentiment d’appartenir à une même communauté. Une idée constructive serait de parvenir à présenter des listes communes regroupant les énergétiques, internes et externes tout en leur laissant la maîtrise de leurs règlements, symbole de cohésion et de volonté de réussir ensemble.

Une politique fédérale au service de tous les arts énergétiques et martiaux chinois. Il est notoire que beaucoup de clubs et groupements ont quitté la fédération depuis plusieurs années et que beaucoup d’autres sont en train de le faire suite à une politique de plus en plus désapprouvée. Le milieu des arts martiaux étant un petit monde, à l’occasion des nombreux contacts noués au cours des derniers mois, il est apparu qu’un vent d’espoir soufflait, porté par la perspective d’un changement profond au sein de notre fédération. Les conséquences en seraient vertueuses : sur la base de la stricte mise en place des propositions formulées dans ce programme, non seulement les clubs seraient incités à ne plus se désengager, mais d’autres rejoindraient la dynamique d’ensemble avec l’incidence favorable que l’on imagine. Là encore, c’est le respect et la considération des autres qui peut amener ce changement dans les attitudes. S’il est certain que la tâche sera difficile au vu des dégâts occasionnés par une politique jusqu’à présent coercitive, il n’en reste pas moins que le défi du rassemblement dans la transversalité entre branches mais dans le respect de leur particularité reste pleinement d’actualité. C’est aussi la condition indispensable pour que le chemin parcouru depuis quelques années ne serve pas les intérêts de fédérations étrangères à nos arts, risque majeur et imminent si un changement radical de politique n’intervient pas lors de la prochaine assemblée générale.

En résumé, une fédération délégataire ne peut se gérer comme un simple regroupement de clubs ; une évolution sensible dans le mode de fonctionnement et de décision est indispensable pour s’adapter à cette nouvelle donne, à l’élargissement considérable de la charge de travail et de responsabilités. Le vivier de bénévoles permet toutes les ambitions encore faut-il leur donner les moyens et surtout l’envie de participer à la construction de l’édifice commun. La prise en compte réelle et attentive des diverses sensibilités, une gestion rigoureuse tournée vers le service aux clubs et licenciés permettront de redonner confiance, d’augmenter sensiblement les effectifs, de rééquilibrer les comptes financiers et de donner à la Fédération Française de Wushu la place qui doit être la sienne au sein des fédérations délégataires. Jean-Philippe Grandval